D’une équipe désespérée à un candidat aux séries : comment Bruce Boudreau a transformé les Canucks

par 12 minutes de lecture
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Arrivé sur le banc des Canucks début décembre, Bruce Boudreau a fait de Vancouver un prétendant surprise aux séries éliminatoires de la Coupe Stanley. Unanimement apprécié en Colombie-Britannique, l’entraîneur de 67 ans avait pourtant hérité d’une équipe à la dérive…

« BRUCE, THERE IT IS! » C’est en reprenant le célèbre titre « Whoomp! (There It Is) » du groupe Tag Team que les supporters des Canucks ont accueilli Bruce Boudreau le 6 décembre. Ce soir-là, Vancouver avait dominé Los Angeles (4-0). Thatcher Demko, le gardien des Canucks, avait réalisé le premier jeu blanc d’une équipe pourtant en manque de repères sur le plan défensif. Acclamé comme un héros par Vancouver, Boudreau arrivait alors chez des Canucks en pleine révolution.

 

Quarante-huit heures plus tôt, Vancouver s’était incliné à domicile contre Pittsburgh (1-4). Il s’agissait déjà de la quinzième défaite dans le temps réglementaire en 25 matches pour les Canucks. Pour les fans, la coupe était pleine : « VIREZ BENNING ! », pouvait-on entendre dans les travées de la Rogers Arena alors que les supporters jetaient leur maillot sur la patinoire pour signaler leur mécontentement vis-à-vis de la direction prise par l’équipe de Colombie-Britannique.

Les plaintes des fans n’étaient pas tombées dans l’oreille d’un sourd : quelques heures après le revers contre les Penguins, Francesco Aquilini, le propriétaire des Canucks, limogeait l’entraîneur Travis Green et le directeur général Jim Benning. Frustré par les contre-performances de son équipe, il attendait plus de ses joueurs, comme il l’avait alors confié à NHL.com :

« On croyait vraiment disposer d’une équipe compétitive cette année. Nous sommes donc extrêmement déçus par les résultats de l’équipe jusqu’à maintenant. J’effectue ces changements car nous voulons bâtir une équipe qui se bat pour le titre, et il est temps qu’une nouvelle direction nous amène à la terre promise. »

Arrive alors un nouveau président des opérations hockey, Jim Rutherford, et dans son sillage, Bruce Boudreau. Le natif de Toronto, sans emploi depuis son renvoi par Minnesota en février 2020, était fier de retrouver un poste en NHL. Il était également conscient de la tâche à accomplir, comme il le mentionnait dans Radio Canada :

« Quand j’ai été approché par les Canucks, je me suis dit que c’était parfait. J’ai toujours voulu entraîner une équipe canadienne, donc j’ai accepté l’offre sans hésiter. (…) Je pense qu’on va tenter d’être une équipe très agressive en attaque, mais dans le même temps, il faudra être responsable pour ne pas perdre le palet. »

Sept victoires d’affilée pour commencer !

L’effet Bruce Boudreau se fait immédiatement sentir : entre le 6 décembre et le 16 décembre, les Canucks remportent chacun de leurs six matches. Il faut alors l’erruption du coronavirus et cinq rencontres reportées avant de revoir Vancouver en action. Après un septième succès de rang contre Anaheim (2-1 après prolongation) le 29 décembre, Boudreau et les siens finissent par s’incliner face à Los Angeles (1-2 après prolongation), l’équipe contre laquelle leur renouveau avait débuté.

Vainqueur du trophée Jack Adams – décerné au meilleur entraîneur de la saison – en 2008 avec Washington, Boudreau égale le record du nombre de victoires remportées par un entraîneur qui effectue ses débuts avec sa nouvelle équipe :

Les Canucks retrouvent des couleurs : derniers de la Section Pacifique avant l’arrivée de Boudreau, ils figurent à la fin du mois de décembre à deux victoires de la troisième place. L’attaque léthargique des Canucks s’améliore et après un mois de janvier encore perturbé par la COVID-19 (cinq succès et sept revers, dont trois en prolongation), les joueurs de Colombie-Britannique s’offrent six succès en dix sorties courant février.

Parmi les principaux faits d’armes de Vancouver, on retrouve l’incroyable victoire contre Calgary (7-1), l’équipe numéro un de la Section Pacifique. Jeudi dernier, les Canucks ont étrillé les Flames, mettant fin à leur série de dix victoires consécutives. Dans cette rencontre, Vancouver a notamment marqué trois buts en supériorité numérique, un secteur dans lequel l’équipe s’est améliorée avec Boudreau : les Canucks s’affichaient à 17.4% de réussite sur le jeu de puissance avant son arrivée ; ils comptent maintenant un taux de 20.8%. Vancouver a marqué neuf buts lors de ses 30 dernières opportunités en supériorité numérique, soit un total de 30% de réussite lors de ses neuf derniers matches.

Elias Pettersson a été revitalisé par la prise de fonction de Bruce Boudreau.

Des joueurs lancés et relancés par Boudreau

À sa nomination à la tête des Canucks, Bruce Boudreau avait promis que chaque joueur disposera d’une chance de se mettre en valeur :

« Chacun de ces gars aura une opportunité de repartir de zéro. Je ne m’adresserai pas à un joueur pour lui dire : ‘Eh, tu n’as pas été bon pendant les 15 premiers matches donc tu ne joueras pas.’ Ce sera plutôt : ‘Voilà le joueur que tu es censé être. Montre-nous ce que tu peux nous apporter.' »

Boudreau a tenu parole : il est devenu habituel pour des joueurs peu en vue comme Juho Lammikko et Tyler Motte d’obtenir un temps de jeu régulier en supériorité numérique. Avec de telles opportunités, certains membres de l’équipe se sentent plus intégrés au collectif et leur motivation s’en retrouve décuplée. Pour l’entraîneur, ces joueurs ont su saisir leur chance au bon moment :

« Ils font ce qu’on leur demande de faire. Ils sont tous capables de patiner. Ils mettent la pression, encore et encore. Avant, ils se contentaient de simplement tenir le coup. Maintenant, ils commencent à marquer des buts, ce qui les rend encore plus précieux. »

Pour d’autres, l’arrivée de Bruce Boudreau a été l’occasion de se faire violence. C’est le cas d’Elias Pettersson : en difficulté en début de saison (seulement sept points inscrits à l’issue du mois de novembre), le Suédois s’est réveillé en février, avec six buts et huit mentions d’assistance. Sa bonne forme retrouvée est tout sauf surprenante à en croire son entraîneur :

« Il ne s’est jamais plaint lorsque je l’ai placé sur plusieurs lignes différentes. Tant qu’il continuera de contribuer avec de belles actions et des lancers, je serai heureux. »

Auteur d’un but en infériorité numérique contre Calgary, Petterson avoue lui-même être plus à l’aise sur la patinoire :

« Je m’amuse. Je joue avec confiance. Je pense que je joue comme j’ai toujours joué. Les choses vont peut-être un peu plus dans mon sens, et ça m’est d’une grande aide. »

Demko impérial, mais Halak très contesté

L’un des meilleurs joueurs dans l’effectif des Canucks est sans conteste Tchatcher Demko : le gardien de 26 ans réalise clairement la meilleure saison de sa carrière. Après 43 matches, il présente une moyenne de 2.59 buts encaissés par match, pour 91.8% d’arrêts. Ces performances lui ont valu une convocation pour le Match des Étoiles le mois dernier.

Demko a plusieurs fois été forcé de porter l’équipe sur ses épaules au cours de la saison. Il avait notamment été contraint de réaliser 51 arrêts (!) face aux Maple Leafs (3-2) il y a quelques semaines. Infranchissable, le gardien avait bien sûr reçu les louanges de son entraîneur :

« Il est plutôt bon, n’est-ce pas ? Il a clairement montré de quoi il était capable. Sa performance était héroïque. Quand vous effectuez plus de 50 arrêts et que les deux seuls buts que vous concédez interviennent sur le jeu de puissance, c’est que vous faites les choses correctement. (…) C’est notre gardien et il est exceptionnel. On dispose d’un gardien exceptionnel chaque soir et c’est tant mieux pour nous ! »

Malheureusement pour Vancouver, Tchatcher Demko n’est pas surhumain et les Canucks sont parfois obligés de se passer de ses services. Entre en jeu Jaroslav Halak : arrivé l’été dernier, le gardien remplaçant est loin de répliquer les performances du titulaire. C’est même tout l’inverse : si le poste de gardien est une force des Canucks lorsque Demko est sur la patinoire, il devient une faiblesse lorsque Halak lui succède.

Le Tchèque de 36 ans délivre probablement la pire saison de sa carrière, avec 3.42 buts encaissés en moyenne et 88.3% d’arrêts seulement. Titularisé dans la nuit de lundi à mardi face aux Devils (2-7), Halak a bu la tasse, encaissant six buts au bout d’une période et demie. Laissé au repos après son succès face aux Rangers (5-2) la veille, Demko a dû venir à la rescousse de sa doublure.

Thatcher Demko réalise une saison sensationnelle pour les Canucks.

Ce n’est pas la première fois que ce scénario se produit : le 9 février face aux Islanders (3-6), Halak avait concédé cinq buts dans la première période de la rencontre. Demko avait alors été contraint d’entrer en jeu, vingt-quatre heures après avoir aidé son équipe à disposer des Coyotes (5-1).

La prestation désastreuse de Halak contre New Jersey est d’autant plus dommageable qu’avant la rencontre, Vancouver affichait tout simplement la meilleure défense de la NHL depuis la venue de Boudreau, avec 2.38 buts encaissés en moyenne par match :

Pour les Canucks, les entrées en jeu de Demko pour suppléer Halak sont une tendance qu’il serait préférable d’éviter à l’avenir. Demko incarne le présent et le futur dans les filets de Vancouver ; en ce sens, lui accorder du repos de temps à autre est primordial pour permettre de maximiser ses performances. Halak a donc tout intérêt à élever son niveau de jeu dans les prochaines semaines s’il tient à conserver sa place au sein de l’effectif des Canucks.

Séries en vue ou échanges à venir pour les Canucks ?

Avec 58 points glanés en 55 matches, Vancouver compte trois points de retard sur Edmonton (63 points en 54 rencontres), détenteur de la dernière place qualificative pour les séries éliminatoires de la Coupe Stanley dans l’Association de l’Ouest. Entre les Oilers et les Canucks, on retrouve également les Stars (61 points en 53 rencontres) et les Ducks (61 points en 56 rencontres).

Vancouver reste un candidat plus que sérieux dans la lutte pour les séries mais son retard sur Edmonton et Dallas sera difficile à rattraper. Les Stars sont sortis vainqueurs de six de leurs neuf dernières sorties et ont joué trois matches de moins que les Canucks. Les deux équipes croiseront le fer à deux reprises d’ici la fin de la saison régulière : à Dallas le 26 mars puis à Vancouver le 18 avril. Cette double confrontation sera déterminante dans la bataille pour les séries. Dans le même temps, Edmonton a remporté sept de ses dix dernières rencontres. Le duel entre les Oilers et les Canucks en clôture de la saison régulière le 29 avril pourrait également valoir cher dans l’accession aux séries.

JT Miller est le joueur le plus productif des Canucks mais n’est pas certain de terminer la saison à Vancouver.

Les Canucks pourraient cependant prendre des décisions fatales à leurs espoirs de séries dans les prochaines semaines : le 21 mars sera la date limite pour conclure des échanges dans la NHL. Meilleur buteur (20 buts) et passeur (40 mentions d’assistance) de l’équipe, JT Miller est convoité par de nombreuses équipes de la ligue nationale qui aspirent à soulever la Coupe Stanley cette année. Un éventuel départ pourrait coûter cher aux Canucks. Bruce Boudreau reconnaît l’importance de Miller au sein de son effectif et espère pouvoir le conserver. À l’écouter, un transfert ne semble pas imminent :

« Si on récupère Connor McDavid en échange, ça me va. (Rires.) JT est l’un des piliers de notre équipe. On ne parle pas de ça. Je n’ai jamais entendu parler d’un possible échange de JT. Pour moi, ce ne sont que des rumeurs. »

Un autre joueur susceptible de quitter les Canucks est Bo Horvat. Auteur de 30 points (17 buts et 13 mentions d’assistance), son contrat arrivera à son terme à l’issue de la saison 2022/2023. Libre de tout contrat dans un an, le capitaine de Vancouver pourrait ne pas être reconduit par une équipe qui cherche à libérer de la place dans sa masse salariale. L’année prochaine, il coûtera 5,5 millions de dollars à l’équipe de Colombie-Britannique. Un échange vers une équipe ambitieuse pourrait permettre aux Canucks de récupérer un choix au repêchage et/ou un jeune espoir tout en gagnant de l’espace dans la masse salariale.

Vancouver est à la croisée des chemins : terminer la saison en trombe et tout donner dans l’espoir d’aller en séries ou sacrifier une possible qualification cette saison afin de bâtir une équipe encore plus prometteuse pour les années à venir. Quel que soit le chemin qu’empruntera le nouveau directeur général Patrik Allvin, une chose semble certaine : les Canucks sont entre de bonnes mains avec Bruce Boudreau.

Depuis sa nomination, Vancouver a remporté 18 de ses 30 matches, pour 12 défaites – dont quatre en prolongation. Boudreau a redonné de l’espoir à une équipe qui en manquait cruellement il y a encore trois mois. Proche de ses joueurs, travailleur et charismatique, l’entraîneur de 67 ans a conquis tout une ville par sa passion et ses immanquables conférences de presse. « BRUCE, THERE IT IS! » est un chant qui raisonnera encore longtemps en Colombie-Britannique.

 

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