Asnnel Robo prend la parole chez The Free Agent !

Le running back professionnel des Calgary Stampeders, nous a accordé une interview plus tôt dans la semaine. Rentré en France auprès de sa famille à lapproche des fêtes de fin dannée, Asnnel Robo a gentiment accepté un entretien avec The Free Agent.

« Tout d’abord, j’aurais aimé que tu nous parles un peu de ton parcours, depuis les premières fois où tu as touché au sport en général jusqu’à aujourd’hui… »

« Il faut savoir que je suis issu d’une famille très sportive, donc j’ai commencé le sport à 4 ou 5 ans, au foot « européen » comme la plupart des Français quand ils sont enfants, et j’ai aussi fait un petit peu de tennis. Arrivé à 9 ou 10 ans, j’ai commencé sérieusement à jouer au foot, j’étais sélectionné dans l’équipe de Guyane, deux années d’affilées, où j’ai eu la chance de participer à un tournoi à Clairefontaine. Pendant ce stage, j’ai pu faire des tests physiques, et là déjà, j’étais parmi les meilleurs sur le plan de la rapidité et de la puissance, entre autres… J’avais été repéré par quelques centres de formation mais cette expérience n’a malheureusement pas abouti. J’ai continué mon chemin dans le foot entre sport-études et quelques essais par-ci par-là, mais vers 17-18 ans, j’avais envie de changement.

C’est en regardant le Super Bowl XLIV et Reggie Bush, j’ai su que c’était ça que je voulais faire. J’ai fait un essai avec les Blue Stars de Marseille, et dès le premier entraînement je suis tombé amoureux de ce sport. 

Pour l’anecdote, je pensais que Bush était receveur, et quand le coach m’a mis avec les running backs j’étais dégoutté ! Pour ma première action, le coach m’a fait jouer sans les équipements étant donné que j’étais arrivé tard dans l’année. On me donne le jeu à faire, une outside zone… J’ai traversé le terrain sans même attendre les blocs de ma ligne offensive. 

J’ai trouvé ça trop simple et je pensais que le football se résumait à ça. Tout le monde était content et ils m’ont accueilli dans l’équipe de la meilleure des manières, c’est là que je suis devenu fan de ce sport. Tu rencontres des gars et en 2 semaines, tu fais partie de leur famille, j’ai adoré cet esprit d’équipe.

Plus tard dans la saison, on joue contre Toulon, qui est le Pôle espoir. Mais rempli d’insouciance, j’ai joué la totalité des snaps en attaque comme en défense. J’ai réalisé un bon match et à la fin de la rencontre, mon coach m’interpelle et me dis que le coach de l’équipe de France veut me voir. Pour moi, ce n’était pas réel, ça ne faisait que quelques semaines que je jouais et c’était inconcevable. Mais effectivement, le coach m’a contacté pour m’inviter à un camp de l’équipe de France à Amiens, direction la Coupe du Monde à Austin. 

Et ce premier camp, c’était horrible pour moi… Dans le sens où je me suis retrouvé avec 55 joueurs, pas forcément plus forts que moi, mais qui connaissaient davantage l’aspect stratégique. Je me suis rendu compte que j’avais énormément à apprendre, mais j’avais un seul objectif, c’était de faire partie des 45 qui partiraient aux États-Unis. 

Pour le deuxième camp, je faisais encore parti du groupe, qui s’était déjà écrémé, il ne restait plus que 50 personnes, c’était la dernière ligne droite pour moi. J’ai donc fait partie de l’équipe et c’était top, une super expérience. 

Après ça, je voulais partir à l’étranger, connaître autre chose et faire partie d’une structure capable de me faire progresser et gommer mes points faibles. J’ai donc été au Pôle espoir de Toulon, et c’était vraiment enrichissant, j’ai énormément appris sur le plan tactique et technique. J’ai aussi pris de la masse musculaire grâce aux préparations physiques. 

Mon coach, Philippe Gardent a fait de moi un meilleur joueur, et je suis sorti grandi de cette expérience. Puis j’ai été contacté par le Cégep de Thetford, j’ai envoyé mes highlights aux coaches de l’équipe, et je suis donc parti en tant qu’étudiant-athlète aux Filons. J’ai fait le parcours classique d’un étudiant-athlète, avant de rejoindre l’Université de Montréal. 

Et là, c’était un peu plus compliqué, je ne jouais pas et j’ai goûté à l’aspect business du sport. A ce niveau-là il faut « accepter » le côté business de ce monde et continuer à travailler coûte que coûte. 

Les 3 premières saisons, je n’ai pas vraiment joué, je faisais partie du scout team où tu joues contre l’équipe première. C’était compliqué, je ne jouais majoritairement qu’avec les équipes spéciales. Mais cet aspect business t’apprend la vie, et c’est pour cela que l’on dit du football que c’est l’école de la vie, parce que même si tu es bon, même si on te promet des choses, peut-être que tu ne joueras pas. 

Mais tu te dois de rester focus parce que ta chance viendra et tu te dois de performer. Dans ma dernière année, la tendance s’est inversée, et je répondais présent le peu de fois où l’on faisait appel à moi. Au bout d’un moment c’était difficile de fermer les yeux sur mes performances et ne pas me faire jouer. À la fin de l’année, j’étais leader en terme de yards parcourus à la course malgré plusieurs matchs manqués pour blessures. 

Puis deux mois avant la draft CFL, la ligue a mis en place la Global Draft (destinée aux joueurs européens et mondiaux). Ça m’a permis de faire partie de la cuvée des joueurs européens, donc j’avais toutes mes chances d’être sélectionné, car je possédais le profil recherché : un Européen qui a fait le cursus canadien. 

J’ai donc été drafté par les Alouettes de Montréal. Avant d’être coupé de l’effectif à cause de ma blessure, puis j’ai été récupéré par Calgary. Quand on regarde mon parcours, tout tient à un fil…

Mon premier entraînement qui s’est bien déroulé et qui a fait que je continue dans ce sport, ma dernière année universitaire qui me met en lumière, la Global Draft qui vient 2 mois avant la Draft CFL. J’ai toujours su rester focus et garder la foi même dans l’adversité, chaque fenêtre qui s’est ouverte a été bénéfique pour moi. Je savais que mon moment allait arriver… »

« Quand tu es arrivé dans le monde professionnel, qu’est-ce qui a changé pour toi ? Qu’est-ce qui t’a le plus impressionné »

« Étant donné que j’avais déjà goûté à l’aspect business durant mon cursus universitaire, je n’ai pas été choqué spécialement par cela. Ce qui m’a impressionné, c’est vraiment la structure et la vitesse de jeu. On voit rapidement qu’on n’est pas là pour rigoler et que c’est vraiment un métier. 

Ce n’est pas évident à expliquer, mais tu sens que tu vas au travail. Durant les meetings, chacun vient avec son cahier, son stylo, c’est une réunion comme il pourrait y avoir dans d’autres métiers plus traditionnels. Après, tu as la pause déjeuner, et l’après-midi, tu es sur le terrain. Tout est bien cadré, structuré, tout est fait pour que tu ne te focalises que sur ce que tu as à faire. Ce qui m’a aussi surpris, c’est le gabarit et le talent des gars, c’est la crème de la crème. Et encore, c’est la ligue canadienne, je n’ose même pas imaginer comment c’est en NFL… « 

« Comment s’organisent les semaines quand on est au sein d’une équipe professionnelle ? »

« Il y a deux périodes différentes, le camp d’entraînement et la saison. Le camp d’entrainement, c’est particulier, les équipes ont le droit d’organiser cinq jours où il y aura deux entraînements par jour sinon, c’est un entraînement par jour. Chaque franchise est libre d’organiser son camp comme elle le souhaite. Généralement, l’entraînement est le matin de 9 à 13 heures. Puis la pause déjeuner et la sieste, l’après-midi, on a un autre meeting pour revoir l’entraînement du matin, et le soir de 19 à 21 heures il y a un autre meeting afin de préparer la séance du lendemain. Ce cycle dure environ 3 semaines. 

Puis pour les semaines, au cours de la saison, les matchs sont généralement le samedi. On doit être dans les infrastructures du mardi au vendredi. Tous les matins, on a une séance à la salle de sport, de 7 heures 30 à 8 heures 30. Le mardi, on est focus dans le jeu de course, dans les meetings comme sur le terrain. Le mercredi, c’est essentiellement sur les jeux à la passe, la pass pro et blitz pick-up pour les running backs, puis le jeudi les jeux spéciaux, les tricks plays ainsi que les unités spéciales. Et enfin le vendredi, on revoit le plan de jeu en walkthrough (faible intensité, entraînement en marchant pour visualiser les situations de match). »

« Comment s’est passé ton intégration dans l’effectif ? Comment as-tu été accueilli en tant que français ? »

« Dans le sport, les Américains jugent un joueur essentiellement à son niveau. Ils posent des questions, ils apprenent à te connaitre et ils sont surpris qu’il y ait du football en France, c’est cool et dans le bon esprit. Mais ils savent qu’un joueur n’est pas arrivé là par hasard et ils savent que je suis passé par la Global Draft. Pour être honnête, en tant que Global on est pas vraiment reconnu et respecté donc chacun doit faire sa place petit à petit mais sans oublier que tu représentes ton pays. Pour ma part, ils étaient assez satisfaits de mon jeu. Beaucoup m’ont dit que j’avais un talent brut à peaufiner, et qu’ils étaient impatients de me voir en action. Cette légende de l’Américain « critique et fermé d’esprit » je ne l’ai pas ressentie. Si tu as le niveau alors tu joues. Ce qu’ils veulent, c’est un soldat sur qui on peut compter pour gagner. « 

« Comment parviens-tu à poursuivre ta préparation avec la covid ? »

« En ce moment, on n’a pas beaucoup de directives de nos équipes. Comme on est professionnel, on est libre et on n’a pas de directives. On a le choix de s’entraîner ou non, mais ce qu’il faut c’est arriver au camp d’entraînement en étant prêt physiquement. J’ai décidé de faire une grosse préparation que je poursuis depuis le début du mois de septembre. J’ai pris le temps de faire un long travail sur moi-même afin de travailler mes points faibles et prendre de la masse musculaire. L’objectif étant de revenir meilleur. Même si c’est compliqué par moment, parce que l’on n’est pas des bodybuilders, ce que l’on veut c’est être sur le terrain. Mais c’est notre métier, donc on est obligé de le faire car on ne peut pas arriver en mai, ayant pris du poids et perdu en capacités physiques… »

« Quel est le joueur qui t’a le plus marqué quand tu étais jeune ou qui t’impressionne encore aujourd’hui ? »

« Dans ma jeunesse, quand je jouais au soccer, c’était Ronaldo « R9 », je l’ai vraiment pris comme modèle. Puis il y avait aussi Ronaldinho qui me faisait rêver, pour moi, c’était un magicien. Mais quand j’ai commencé le football américain, c’était vraiment Reggie Bush. C’est le premier joueur que j’ai vu jouer et c’est vraiment lui que j’essayais de copier à mes débuts.

Actuellement, je m’inspire différemment des joueurs évoluant à ma position. Je n’ai plus ces yeux d’enfant que j’avais, en regardant Bush, mais je regarde davantage pour analyser leurs techniques et m’inspirer des meilleurs. Je regarde pas mal Clyde Edwards-Helaire, il est impressionnant ! J’aime sa rapidité et sa puissance, mais ce qui me surprend le plus c’est sa prise de décision ultra-rapide. Sinon, il y a aussi Derrick Henry évidemment, avec son gabarit c’est incroyable ce qu’il fait. Je regarde ces joueurs et je me dis qu’ils sont dans la même position que moi, ce sont des pros comme moi donc je me dois de me comporter comme eux à la salle et sur le terrain. »

« Si demain, tu étais Free Agent, quelle serait ta signature de rêve ? »

« Il y a plusieurs équipes qui m’attirent, mais je dirais les Baltimore Ravens. J’aime bien Marc Ingram, j’aimerais apprendre de lui en tant que joueur et personne. Et leur système offensif est intéressant, avec beaucoup de courses et de triples options. Sinon une équipe où je pourrais jouer serait les San Francisco 49ers. J’aime la ville, les couleurs et puis ils ont des running backs qui se rapprochent beaucoup de mon profil comme Raheem Mostert ou encore Matt Breda. Surtout qu’ils ont pas mal de blessés en ce moment donc je pourrais leur donner un coup de main ! »

« Je vais te laisser la parole pour le mot de la fin, et que tu puisses envoyer un message à nos lecteurs… »

« Si j’avais un message à passer, je m’adresserais aux jeunes en général. Pour tous les jeunes qui sont en France, et qui rêvent de partir à l’étranger, ou qui ont un objectif difficile par rapport à leur situation actuelle, ce qui vous fera réussir c’est la détermination et la persévérance. Il n’y a que cela qui peut t’amener à réaliser ton rêve. C’est la clé du succès, parce que si tu n’es pas déterminé tu ne peux pas travailler, donc tu ne peux pas persévérer, tout est lié. Peu importe combien de temps ça va prendre, reste focus car un jour tu auras une porte qui s’ouvrira et il faudra la prendre. Tu seras surpris par ta réussite, je l’ai moi-même vécu et c’est ce qui m’a aidé à réussir. Une citation qui m’a accompagné est : « Avec ou sans eux, j’arriverai là où je dois aller », je la voyais tous les jours dans mon casier c’est ce qui m’a aidé à poursuivre mes efforts. »

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