Pourquoi le meilleur est encore à venir pour Cam Newton

PAR Sami Boulabhaire 07 JUILLET 2020 Commenter
Getty Images

À moins de vivre sous un rocher, vous n’avez pas pu passer à côté de l’information : trois mois après avoir été libéré de son contrat par les Panthers, son équipe de toujours, Cam Newton s’est engagé pour un an avec les Patriots. La nouvelle a fait grand bruit outre-Atlantique, Newton étant l’une des stars les plus excitantes à voir jouer sur le terrain, et l’une des plus excentriques en dehors.

Premièrement, il est important d’analyser le contrat de Newton : une saison rémunérée à hauteur de 1.05 millions de dollars, avec 550 000 $ garantis. Ce montant fait de lui le 55ème quarterback le mieux payé en NFL ; il le place derrière des joueurs comme Chad Henne (Chiefs), Jacob Eason (Colts), ou encore Mike Glennon (Jaguars), dont vous n’avez probablement jamais entendu parler, et qui, sauf cataclysme, ne mettront pas un pied sur le terrain en 2020.

Il convient de préciser que Newton peut obtenir jusqu’à 7.5 millions de dollars en fonction de certains bonus, individuels – nombre de matches joués, de yards accumulés ou de touchdowns marqués – ou collectifs – position de l’équipe en saison régulière, parcours en playoffs, etc. Les motivations de Newton paraissent donc claires : peu importe le montant garanti sur son contrat, « Super Cam » veut surtout prouver aux 31 autres équipes qu’elles ont eu tort de le laisser de côté.

Mais en 2020, que vaut réellement Cam Newton ? C’est la question à un million, ou plutôt, à un 1.05 million de dollars.

Le joueur de 31 ans se remet d’une saison pratiquement blanche avec les Panthers. Après deux matches l’an passé, Newton ne paraissait pas tellement à l’aise physiquement ; il fut découvert qu’il souffrait d’une fracture de l’articulation de Lisfranc, une blessure assez rare et inconnue de la population mondiale, mais qui touche chaque année 4% des footballeurs.

L’articulation de Lisfranc désigne la ligne qui sépare les os métatarsiens de la partie moyenne du pied. Une fracture peut déplacer les os métatarsiens. Dans le cas de Newton, il était évident qu’il n’était pas confortable dans ses déplacements lorsqu’il posait son pied gauche au sol. Cette blessure est souvent difficile à diagnostiquer, car on peut la confondre avec une simple entorse. En conséquence, Newton, blessé en septembre, a dû attendre décembre pour être opéré, manquant ainsi la grande majorité de la saison.

Newton n’est pas le premier à subir une fracture de l’articulation de Lisfranc : Matt Schaub avait dû s’absenter pour les mêmes raisons en 2011. À son retour au jeu, l’année suivante, celui qui était alors le quarterback des Texans avait réalisé l’une des meilleures saisons de sa carrière. Schaub avait même permis à Houston de revenir en playoffs.

Avant de contracter cette blessure au pied, celui qui portait le n°1 à Carolina revenait tout juste d’une blessure à l’épaule droite, opérée en janvier 2019. Newton était pourtant en train d’accomplir une saison 2018 prodigieuse : après huit matches, il avait complété 67.3% de ses passes, pour un gain moyen de 7.2 yards par passe. Il avait inscrit 15 touchdowns, pour quatre interceptions. Son équipe avait remporté six de ses huit premiers matches.

Après une lourde défaite (21-52) à Pittsburgh en novembre 2018, Newton n’avait pas l’air à l’aise dans ses passes. Sa seconde moitié de saison confirmera cette impression : malgré 68.8% de passes complétées et sa moyenne, intacte, de 7.2 yards obtenus par passe, Newton ne lancera que neuf touchdowns, pour autant d’interceptions. Au cours de cette période, les Panthers perdront chacun de leurs six matches. Ils finiront par laisser le quarterback au repos pour les deux dernières rencontres de la saison.

Cam Newton n’ayant presque pas joué ses deux dernières années, il est donc difficile d’estimer sa réelle valeur en 2020. Une chose est sure : lorsqu’il était à 100% de ses capacités, début 2018, il était un prétendant plus que crédible au titre de MVP.

Si on compare les statistiques de Newton après huit matches en 2018 à l’ensemble de la saison 2015, il est même légitime de penser que « Super Cam » réalisait la meilleure année de sa carrière il y a deux ans. Sa première moitié de saison, avant sa blessure, voyait Newton afficher un meilleur pourcentage de réussite à la passe (67.3, contre 59.8 en 2015) et un ratio touchdowns/interceptions pratiquement identique (15 TDs et 4 INTs, contre 35 et 10 en 2015). Par ailleurs, Newton accumulait en moyenne plus de yards à la course début 2018 (5.01) qu’en 2015 (4.8).

Pour rappel, Newton avait remporté le trophée de MVP en 2015. Il avait ensuite conduit son équipe au SuperBowl 50, perdu (10-24) face aux Broncos.

« Ne pariez pas contre lui. (…) C’est quelqu’un qui a toujours tenté des choses, car il se sentait sous pression. La pression d’être le choix n°1 de la Draft. La pression d’avoir remporté le Trophée Heismann. La pression d’être un quarterback noir. (…) Il va dans la bonne direction. Il est probablement dans la meilleure condition physique possible, d’après les vidéos que j’ai vues. Il est prêt à tout exploser. »

Ron Rivera, entraîneur de Cam Newton à Carolina de 2011 à 2019 (670 The Score Chicago)

Quel sera le rôle de Cam Newton à New England, quatre mois après le départ de Tom Brady ?

L’arrivée de Cam Newton ne présente absolument aucun risque pour les Patriots : s’il se blesse, ou n’est pas à la hauteur des attentes, le libérer de son contrat ne leur coûtera pratiquement rien. A contrario, New England a tout à gagner si le natif d’Atlanta a bien récupéré de ses blessures, et évolue à un haut niveau de jeu.

Newton arrive dans une équipe qui vient tout juste de dire adieu à Tom Brady, vainqueur de six SuperBowls avec les Patriots. Le légendaire n°12 a pris la direction de Tampa Bay au mois de mars, après vingt ans à Foxborough.

Le MVP de la saison 2015 se retrouve donc en concurrence avec Jarrett Stidham et Brian Hoyer pour la place de quarterback titulaire. Stidham (23 ans) entre dans la deuxième saison de sa carrière en NFL. Bill Belichick, l’entraîneur des Patriots, le considère comme l’avenir de son équipe. Sa relative inexpérience (seulement quatre passes lancées en NFL) laisse penser qu’il n’est peut-être pas encore prêt à succéder à Brady. En ce sens, l’arrivée de Newton, pour un an seulement, peut permettre à Belichick d’assurer la transition entre Brady et Stidham, tout en retirant un peu de pression sur les épaules de ce dernier.

Bien qu’il faudra batailler à l’entraînement, Cam Newton semble être le favori pour occuper la place de quarterback titulaire de New England le 13 septembre prochain contre Miami. L’attaque des Patriots semble d’ailleurs bien mieux convenir au jeu de Newton, qu’à celui de Brady : là où « TB12 » est un joueur qui sort rarement de sa poche de protection, « Super Cam » est un quarterback très mobile, qui n’hésite pas à courir et à prendre des risques.

La saison dernière, il a souvent été reproché à Belichick de ne pas avoir offert à Tom Brady des receveurs assez talentueux ; en 2015, lorsqu’il est élu MVP de la saison régulière, Newton a pour cible principale Kelvin Benjamin. Cinq ans plus tard, Benjamin n’est même plus en NFL, alors qu’il n’a même pas 30 ans.

Newton n’a donc pas forcément besoin d’avoir des receveurs habiles et doués pour faire tourner une attaque.

En revanche, une ligne offensive digne de ce nom est requise pour défendre des assauts adverses un joueur fréquemment sujet aux blessures. New England a beaucoup investi dans cet aspect-là du jeu dernièrement, et ce, avant l’arrivée de Newton : Joe Thuney a été prolongé d’un an, pour 14.78 millions de dollars, alors que David Andrews reviendra de blessure après un an d’absence.

Le recrutement d’un joueur indésirable, malgré un talent indéniable, du calibre de Newton n’est pas une première pour New England : l’année dernière, Antonio Brown était arrivé à Foxborough quelques mois après avoir été échangé par les Steelers puis coupé par les Raiders. La perspective d’une attaque centrée autour de Brady et de Brown faisait rêver la NFL. Les problèmes de Brown avec la justice avaient finalement forcé les Patriots à se séparer de lui, après seulement un match.

Mieux encore, la signature de Randy Moss à New England en 2007 avait fait tourner beaucoup de têtes : considéré comme l’un des meilleurs wide receivers de l’histoire de la NFL, il n’en restait pas moins controversé, principalement pour son faible pour la marijuana. Chez les Patriots, Moss a pourtant su relancer une carrière sur le déclin. L’ancien des Vikings avait battu de nombreux records individuels, et les Patriots avaient terminé la saison régulière invaincus. Son tandem avec Brady avait amené la franchise du Massachusetts au SuperBowl XLII, perdu (14-17) face aux Giants.

Il y a treize ans, Bill Belichick n’avait pas hésité à adapter son cahier de jeu aux capacités de Randy Moss. En 2020, il y a fort à parier que Josh McDaniels, son coordinateur offensif, en fera de même avec Cam Newton. La faculté de ce dernier à pouvoir courir peut radicalement changer la configuration des Patriots en attaque.

Belichick en est parfaitement conscient ; en 2017, à la veille d’un match face aux Panthers, l’entraîneur de New England ne cachait pas son admiration pour le premier choix de la Draft 2011 :

« Si on doit parler de quarterbacks mobiles, qui sont difficiles à contrôler, à plaquer, qui peuvent passer, courir, prendre les bonnes décisions, alors je placerais Newton au premier rang. (…) Il est le joueur le plus difficile à gérer. (…) Il peut faire beaucoup de choses. Il peut vous battre de plusieurs manières différentes. (…) Il est l’ennemi public n°1. »

Bill BelicHick, entraîneur des New England Patriots, au sujet de Cam Newton (2017)

Newton a remporté chacun de ses deux affrontements face aux Patriots de Belichick, en 2013 et en 2017.

Qu’est-ce que l’arrivée de Newton change aux ambitions des Patriots pour la saison 2020 ?

Champions en titre, les Patriots ont été éliminés par les Titans (13-20) dès le premier tour des playoffs – le Wild Card Round – la saison dernière. Avant ce revers, l’équipe de Bill Belichick restait sur trois participations consécutives au SuperBowl.

En laissant partir Tom Brady chez les Buccaneers, New England a refermé le chapitre le plus glorieux de son histoire ; pour autant, Bill Belichick est toujours l’entraîneur des Pats. Croire que le livre est toujours ouvert est donc plus que raisonnable.

Le départ de Brady et l’avènement de Stidham laissaient penser que la dynastie des Patriots touchait à sa fin. L’arrivée de Newton dit maintenant le contraire.

New England dispose d’un effectif suffisamment compétitif pour disputer la première place de la division – l’AFC East – à Buffalo. Le recrutement d’un quarterback expérimenté comme Newton ne fait que confirmer cette tendance. En reconstruction, les Jets et les Dolphins ne présentent pas de réelles menaces aux Bills et aux Patriots pour la saison à venir.

En playoffs, le niveau de jeu de Newton sera déterminant pour permettre à la franchise du Massachusetts de retrouver le chemin du SuperBowl : s’il ne revient pas au niveau qui était le sien il y a deux ans, il y a peu de chances de voir New England contester les Chiefs de Patrick Mahomes et les Ravens de Lamar Jackson ; à l’inverse, avec un Newton au sommet de sa forme, le ciel pourrait être la limite des Patriots.

Sur le plan personnel, Cam Newton a l’occasion de prouver à tout le monde que sa carrière est loin d’être terminée. En accomplissant la saison de la rédemption, il pourrait signer un juteux contrat l’année prochaine, bien plus lucratif que celui qui l’attend en 2020.

AUTEUR : Sami Boulabhaire

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